Christophe Houllier

Technique : Fusain, Acrylique

Dimension : 95 X 75 cm

Composition: Papier Etival 300g seul

Format du tableau: Vertical

Finition : Deux couches de vernis pour protéger et donner une très longue longévité à l’œuvre

Dans une quête de forme, dans une quête de sens, et peut-être parce que je veux parler de trop de sujets à la fois en ce moment, ma peinture vacille entre abstraction et figuration et le style est en complète recherche.
C’est peut-être aussi parce que j’ai été obsédé par deux images depuis le début de cette année 2021 : la scène du feu, occasion, rien qu’à elle seule, d’explorer plusieurs manières de l’évoquer ; puis une scène venant d’un écrit… mais une histoire vraie, qui m’a parfaitement ému.
Il s’agit de ce qu’a vécu Michel Onfray : la mort de son père, debout dans ses bras. La façon dont il l’a raconté et d’accueillir cet événement en philosophe m’a bouleversé et je souhaite ici en livrer le texte :

« Mon père est mort dans mes bras, vingt minutes après le début de la nuit de l’avent, debout comme un chêne foudroyé, qui frappé par le destin l’aurait accepté mais tout en refusant de tomber.
Je l’ai pris dans mes bras, déraciné de la terre qu’il avait soudainement quitté, porté comme Énée porta son père en quittant Troie.
Ensuite je l’ai assis le long d’un mur et puis quand il fut clair qu’il ne reviendrait pas, je l’ai allongée de toute sa longueur sur le sol comme pour l’aliter dans le néant qu’il semble avoir rejoint sans s’en apercevoir.
En quelques secondes, j’avais perdu mon père. Ce que j’avais si souvent craint est arrivé en ma présence.
Je ne suis jamais parti donner des conférences en Australie ou en Inde, au Japon, aux États-Unis, en Amérique du Sud ou en Afrique noire, sans penser au fait qu’il aurait pu mourir pendant mon absence.
Je songeai alors avec effroi qu’il m’aurait fallu faire un long retour en avion vers lui, en le sachant mort.
Or, il mourait, là, avec moi, dans mes bras.
Seul à seul, il profitait de ma présence pour quitter le monde, en me le laissant. »

On perd définitivement son statut d’enfant et on devient le référent ultime pour les générations à venir. C’est une position d’une profonde responsabilité mais elle ne s’invente pas. Cette responsabilité s’acquiert, se cultive et s’affirme.
Elle s’acquiert par ces parents disparus.
Elle se cultive par l’action.
Elle s’affirme contre les forces déstructurantes de notre humanité : réification par le grand marché et le transhumanisme.
Je place mon travail dans la nature, dans son sens cosmologique, mais aussi dans la liberté de l’intime.

Dans cette œuvre, il y a une lecture littérale d’une scène de soir… presque la nuit. Deux hommes côte-à-côte, marchent le long d’une route.
Mais par la position des corps, l’homme qui se retourne et s’aperçoit de l’immobilité du deuxième, se trouve en avant. Celui derrière a fait son travail et a passé le relais. Il passe du mort des vivants à celui des morts en s’effaçant progressivement au décor, à la nature.

Ce questionnement sur l’existence, sur l’identité humaine, jalonne ma peinture depuis le début. Elle passe en ce moment par des histoires, des anecdotes et non plus par une expression directement dans l’immanence du monde, c’est-à-dire inscrire les œuvres en tant qu’effet de la nature.

Je guette désormais, aussi, l’universel dans le particulier.